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Publié dans Recherche Innovation

Identifier les coupables à leur odeur

mardi, 14 juin 2016 16:57 Écrit par  Elena Sender | Sciences et avenir
La parade d'identification des suspects sera-t-elle un jour remplacée par une séance de reconnaissance des odeurs ? ©PUGNET/TF1/SIPA La parade d'identification des suspects sera-t-elle un jour remplacée par une séance de reconnaissance des odeurs ? ©PUGNET/TF1/SIPA
L’odeur corporelle peut permettre de confondre un délinquant. Une équipe de chercheurs prouve la validité d’un témoin "olfactif". A quand les témoins renifleurs ?

USUAL SUSPECTS. Cinq individus se tiennent en ligne devant une glace sans tain, un carton numéroté à la main. Derrière la vitre, un témoin se concentre pour tenter d’identifier un suspect, placé à côté de plusieurs autres personnes d'allure semblable (les distracteurs). Telle est la procédure dite de "parade d’identification" (lineup en anglais) utilisée par la police pour confondre un suspect. Habituellement, l’identification fait appel à la mémoire visuelle. Parfois, elle peut être auditive lorsqu’il s’agit de reconnaître une voix mais jamais olfactive. Et pourquoi pas ? C’est ce que proposent des chercheurs des universités d'Aveiro, Coimbra et Porto (Portugal) et de l’institut Karoliska de Stockholm (Suède) dans une étude publiée dans Frontiers in Psychology. "Chaque individu a une odeur unique, une « empreinte » génétiquement déterminée, qui se maintient stable pendant le temps, même si certains facteurs comme le régime alimentaire, la santé et le vieillissement peuvent la modifier à un certain point", affirme Laura Alho, de l’université d’Aveiro, co-auteure de l’étude portugaise. Pour l’heure, l’identification olfactive est réservée aux chiens renifleurs, dont l’odorat après entraînement est extrêmement fiable (80-90%), comme l’a démontré une récente étude du CNRS de Lyon.

Le nez humain est performant

Et l’humain ? "C’est une croyance commune que l’olfaction humaine est inférieure à celles des autres mammifères", poursuit la chercheuse. Une revue comparative des performances olfactives des humains versus mammifères de l'université Linköping en Suède montre pourtant que si les humains ne surpassent pas les chiens question odorat, ils font mieux que plusieurs espèces pour la reconnaissance d’un grand nombre de molécules odorantes. Pourquoi ne pas faire confiance au nez des témoins alors ?

C'est le cheval de bataille de l’équipe portugaise. L'an dernier, elle a déjà franchi un premier pas. Dans une étude publiée dans Plos One, elle démontrait que les humains étaient capables de reconnaître des odeurs corporelles, d’autant mieux si elles étaient liées à des émotions négatives (plutôt que neutres). Laura Alho avait alors, pour la première fois, introduit la notion de "témoin olfactif". "Etant donné cette première étude prometteuse, nous avons décidé de chercher plus loin, notamment comment la mémoire olfactive est affectée par certains facteurs." 

On sait en effet que deux variables viennent influencer le taux de réussite dans la parade d’identification : la taille de la ligne de suspects présentés et l’intervalle de temps écoulé entre l’événement et l’identification qui peut varier de quelques heures à des mois, voire des années. Selon des études précédentes, l’identification visuelle est plus difficiles dans les lignes plus longues. Et une reconnaissance moins bonne lorsque l’intervalle de temps est plus grand. En va-t-il de même pour la reconnaissance par le nez ? 

Retrouver l'odeur du "coupable" parmi plusieurs échantillons

Dans une première expérimentation, soixante-treize étudiants ont joué les témoins. On leur a fait visionner une vidéo réelle, d'agression sexuelle, ou d'un braquage avec prise d'otage, tout en diffusant une odeur corporelle censée être celle du coupable. "Vous allez voir un crime réel capté par cette vidéo. Durant la vidéo vous serez exposé à une odeur collectée sur le coupable du crime que vous regardez", leur ont dit les expérimentateurs. En réalité, ces odeurs ont été collectées sous les aisselles d’étudiants de 18 à 28 ans de l’université d’Aveiro...  Puis les volontaires ont dû identifier l'odeur du "coupable" en sentant 3, 5 ou 8 échantillons d’odeurs corporelles sans pouvoir sentir de nouveau la première. Résultats : le nombre de réponses correctes est de 46% pour huit échantillons présentés. Il monte à 56% pour cinq et atteint 96% pour trois échantillons ! "Les résultats montrent que l'identification par témoin olfactif fonctionne pour toutes les longueurs de lineup, concluent les auteurs, mais les plus longues lignes compromettent la performance, comme pour les témoins oculaires." 

Dans une seconde expérience, 40 étudiants de l’université ont été soumis au même protocole d'exposition à l'odeur corporelle d'un coupable, devant une vidéo violente. Puis ont dû identifier l'odeur du coupable parmi cinq échantillons, soit au bout de quinze minutes, soit au bout d'une semaine. Résultats : au bout d'un quart d'heure, 55% des individus ont bien reconnus l'odeur. Au bout d'une semaine, les performances tombent à 25%. Tout ceci mis bout à bout : "L'identification des odeurs corporelles dans un cadre légal est possible, assurent les auteurs, la mémoire olfactive peut s'avérer être un outil légal intéressant dans l'identification des coupables comme dans le souvenir des détails d'un événement". Notamment dans les affaires où la victime était en contact avec l'assaillant mais n'a pu voir son visage.

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